Plantes aromatiques 9 min de lecture

Plante aromatique: le guide pour ne plus les tuer en trois semaines

Ton basilic meurt en juillet? Ta menthe envahit tout? On fait le point sur les plantes aromatiques: lesquelles choisir, comment les planter sans se planter, et les récolter sans les affaiblir.

Par Nell Debuysère
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Un pot en terre cuite rempli de plantes aromatiques variées: basilic, thym, menthe et ciboulette, posé sur un rebord de fenêtre ensoleillé.

Il y a ce basilic qu’on achète en mai, tout fier, tout vert sur le présentoir de la jardinerie. Trois semaines plus tard, tiges noires, feuilles molles, plus rien. On se dit qu’on n’a pas le pouce vert. On se trompe. Une plante aromatique n’est pas une plante d’intérieur classique. La traiter comme un philodendron, c’est la condamner. Ce qui suit, c’est ce qui fait la différence entre un pot vide en juillet et des récoltes jusqu’aux premières gelées.

Pourquoi ton basilic crève (et ta menthe survit à l’apocalypse)

La plupart des plantes aromatiques viennent de régions où le sol est pauvre, caillouteux, et où le soleil tape sans pitié. Le thym, le romarin, la sarriette, l’origan poussent naturellement dans des éboulis calcaires en plein cagnard méditerranéen. Le basilic vient d’Asie tropicale, la menthe des zones humides tempérées. Ces plantes n’ont pas les mêmes besoins, et c’est là que tout se joue.

Le basilic vendu en grande surface arrive dans un substrat gorgé d’eau, serré comme des sardines, avec une demi-douzaine de plants dans un pot de dix centimètres. Il est programmé pour mourir. Pas parce qu’il est fragile: parce qu’il est conditionné pour être jetable. La première chose à faire en rentrant, c’est de le rempoter dans un vrai contenant, avec un vrai substrat drainant. Sinon, le mildiou et la fonte des semis s’en chargent pour toi.

La menthe, elle, c’est l’inverse. Tu l’oublies dans un coin, elle colonise le pot, puis le balcon, puis probablement le salon si tu la laisses faire. C’est une vivace traçante qui ne connaît qu’une règle: tout prendre. Ne la plante jamais en pleine terre sans une barrière anti-rhizomes, sinon tu passeras les cinq prochaines années à l’arracher.

Le thym, lui, meurt d’amour. Trop d’eau, trop d’engrais, trop d’attention. C’est une plante de rocaille qui demande à être négligée avec méthode. Un thym en pot bien drainé, en plein soleil, arrosé une fois par semaine en été et presque jamais en hiver: il tiendra des années. À l’inverse, un thym dans un terreau riche et humide développe des racines pourries en deux mois.

Les sept plantes aromatiques qui tiennent vraiment en pot

Tu peux cultiver une trentaine de plantes aromatiques différentes en France. Dans les faits, sept d’entre elles couvrent la quasi-totalité des besoins en cuisine et supportent la vie en pot sans protocole de survie compliqué.

Le basilic. Annuel, gélif, dramatique. Il veut du soleil, de la chaleur, et un substrat qui ne retient pas l’eau plus de 48 heures. Arrose-le par le dessous, jamais sur les feuilles. Pince les tiges au-dessus d’un nœud pour qu’il se ramifie. Dès qu’une hampe florale apparaît, coupe.

La menthe. Vivace, increvable, expansionniste. Un pot dédié, c’est non négociable. Elle tolère la mi-ombre et pardonne à peu près tout sauf la sécheresse prolongée. En hiver, elle disparaît en surface et redémarre au printemps. Ne jette pas le pot vide en février: elle dort.

Le thym. Arbuste nain, méditerranéen, économe en eau. Plein soleil, substrat très drainant. Il supporte le gel jusqu’à -15 °C en pot si le contenant est en terre cuite. Le thym citron, le thym serpolet, le thym commun: tous suivent la même règle. Un romarin suit exactement la même logique de culture, avec juste un développement plus arbustif.

La ciboulette. Vivace, rustique, increvable elle aussi. Elle accepte la mi-ombre et se contente d’un petit pot. La seule exigence: couper régulièrement pour éviter qu’elle ne s’épuise en fleurs. En hiver, elle disparaît complètement et revient en mars sans prévenir.

Le persil. Bisannuel, capricieux à la germination, fidèle une fois installé. Il déteste être déplacé: sème-le directement dans son pot définitif. Le persil plat tient mieux en été que le frisé, et son goût est plus franc. Mi-ombre en été, soleil en automne, et il produit pendant 18 mois avant de monter en graines.

L’estragon. Vivace, un peu plus exigeant en soleil. L’estragon français se bouture, il ne se sème pas. Celui vendu en godet est souvent de l’estragon russe, plus rustique mais quasi sans goût. Vérifie l’étiquette. Plein soleil, sol drainé, arrosage modéré.

La coriandre. Annuelle, à cycle court. Elle monte en graines en quelques semaines dès qu’il fait chaud. La seule parade: la semer toutes les trois semaines, en pots successifs, et récolter les feuilles jeunes. Les graines, une fois sèches, c’est de la coriandre en épice. Rien ne se perd.

Planter en pot sans se planter

Un godet de supermarché n’est pas une plante installée. C’est un point de départ. La plantation en pot, c’est l’étape où tout se joue pour les mois qui suivent.

La règle numéro un: un pot en terre cuite, jamais un cache-pot sans trou. Les racines des plantes aromatiques ont besoin de respirer. La terre cuite poreuse évacue l’excès d’humidité et évite l’eau stagnante, première cause de mortalité chez le basilic et le thym. Si tu tiens à un cache-pot décoratif, vide l’eau de la soucoupe après chaque arrosage.

Pour le drainage, une couche de billes d’argile ou de gravier au fond du pot, sur deux ou trois centimètres. Dessus, un mélange de terreau universel et de sable grossier ou de perlite. Les proportions dépendent de la plante: moitié-moitié pour le thym et le romarin, deux tiers de terreau pour le basilic et le persil.

La profondeur du pot, on n’en parle jamais, et c’est une erreur. Le basilic et le persil développent des racines superficielles: un pot de 20 cm de profondeur suffit. Le thym et le romarin plongent plus bas: vise 25 à 30 cm. La menthe s’étale plus qu’elle ne plonge: large, pas forcément profond.

Voici comment agencer plusieurs aromatiques dans un même bac pour qu’elles cohabitent sans se gêner:

Quand tu installes plusieurs plantes ensemble, respecte leur rythme. Le basilic pousse vite et meurt jeune, la menthe rampe et étouffe tout, le thym reste sage mais n’aime pas l’ombre. Ne mets pas une plante de plein soleil sous le feuillage d’une menthe expansive. Chaque plante doit avoir sa place au soleil, sinon elle s’étiole en silence.

Et pour celles et ceux qui cultivent sur un balcon ou une terrasse, la vidéo ci-dessous montre comment gérer l’exposition et le vent, deux facteurs qu’on sous-estime toujours:

Un détail qui change tout: l’orientation. Plein sud, c’est le paradis pour le thym, le romarin, l’origan, la sarriette. Le basilic et la coriandre apprécient un petit ombrage aux heures les plus chaudes. La menthe, la ciboulette et le persil tolèrent une exposition est ou ouest, avec du soleil le matin et de l’ombre l’après-midi. Nord, c’est mort pour presque tout le monde sauf la menthe.

L’arrosage qui ne tue pas

L’eau tue plus d’aromatiques que la sécheresse. C’est un fait. Une plante aromatique en stress hydrique par excès développe des racines asphyxiées, un feuillage jaune et mou, puis des tiges noires. Le problème, c’est que les symptômes ressemblent beaucoup à ceux du manque d’eau. Feuilles molles? On arrose. Erreur.

Le test qui ne ment pas: enfonce un doigt dans le substrat jusqu’à la deuxième phalange. Si c’est humide, on n’arrose pas. Même si la surface est sèche. Le basilic est le plus gourmand en eau, surtout en pot: en été, un arrosage tous les deux jours par le dessous. Le thym et le romarin, c’est une fois par semaine en été, une fois par mois en hiver s’il est en intérieur. La menthe t’envoie des signaux clairs: elle flétrit visiblement. Un arrosage copieux et elle repart en deux heures.

L’arrosage par le dessous est sous-estimé. Tu poses le pot dans une soucoupe d’eau, tu attends 20 minutes, tu vides le surplus. Le substrat absorbe ce dont il a besoin sans gorger la surface. Cette méthode réduit le risque de fonte des semis sur le basilic et évite de mouiller le feuillage, porte d’entrée pour l’oïdium.

En hiver, la plupart des plantes aromatiques ralentissent leur métabolisme. Le thym et l’origan entrent en dormance partielle: un arrosage mensuel suffit. La menthe et la ciboulette disparaissent en surface mais le rhizome vit sous terre: un filet d’eau toutes les trois semaines pour ne pas le dessécher complètement. Le basilic, lui, est mort. C’est une annuelle. Ressème au printemps.

Tailler sans pitié

Tailler une plante aromatique, ce n’est pas faire joli. C’est forcer la ramification pour obtenir une touffe compacte qui produit plus longtemps. Sans taille, la plante monte en fleurs, et une fois qu’elle a fleuri, sa priorité devient la production de graines, pas de feuilles.

Le pincement du basilic

Dès que ton plant de basilic atteint 15 cm, coupe la tige principale juste au-dessus d’un nœud, là où deux petites feuilles latérales pointent. La plante va bifurquer en deux tiges. Recommence sur chaque nouvelle tige. Résultat: un basilic buissonnant au lieu d’une tige unique qui file vers le haut.

Les fleurs de basilic sont jolies mais inutiles en cuisine. Coupe les hampes florales dès qu’elles apparaissent. Pas avec les ongles, avec des ciseaux propres.

Le thym et le romarin se taillent comme des arbustes

Le thym se taille après la floraison, en juin ou juillet. Rabats d’un tiers, jamais dans le vieux bois qui ne repart pas. Le romarin, c’est pareil: taille légère de mise en forme, jamais de coupe sévère sur les branches anciennes. Un romarin bien taillé reste compact et productif une dizaine d’années en pot.

La menthe et la ciboulette se rasent

Coupe la menthe à ras, à 2 ou 3 cm du sol, deux fois par an: une fois en juin, une fois en septembre. Elle repart de plus belle. La ciboulette se coupe régulièrement, à 3 cm de la base. Plus tu coupes, plus elle produit. Si tu la laisses fleurir, les tiges deviennent dures et la production ralentit.

Ce qui tue une plante aromatique en été (et qu’on ne voit pas)

Les problèmes ne viennent pas toujours de l’eau ou du soleil. Parfois, c’est plus vicieux.

L’oïdium, cette poudre blanche sur les feuilles, adore le basilic et la menthe en fin d’été quand les nuits sont fraîches et humides. Pas de traitement chimique. Une pulvérisation de bicarbonate de soude dilué, une cuillère à café par litre d’eau, une fois par semaine, et ça contient l’infection.

Les pucerons s’installent souvent sur les jeunes pousses de basilic et de ciboulette. Une douche à l’eau savonneuse, savon noir dilué à 5 %, et ils lâchent prise. Les coccinelles font le reste si tu leur laisses le temps d’arriver.

Les limaces et escargots dévorent le basilic et le persil en une nuit. En pot, un simple ruban de cuivre autour du contenant les dissuade. En pleine terre, des coquilles d’œufs broyées autour du pied. Ce n’est pas infaillible, mais c’est propre.

Parfois, la plante dépérit sans raison apparente. Les feuilles jaunissent, la croissance s’arrête. Dans un petit pot, le substrat s’épuise en trois mois. Un rempotage au printemps avec un terreau neuf, et la plante repart. Pas besoin d’engrais liquide toutes les semaines. Un bon substrat suffit pour toute la saison.

Des aromatiques dans l’assiette

C’est la raison pour laquelle on les cultive. Autant en tirer le meilleur.

Le basilic ne supporte pas la cuisson. Il se cisèle au dernier moment, sur une tomate tiède ou une mozzarella qui sort du frigo. La chaleur lui fait perdre tous ses arômes en trente secondes. Le thym, l’inverse: il a besoin de cuire pour libérer ses huiles essentielles. Dans un plat mijoté, en début de cuisson, il infuse lentement et parfume toute la sauce.

La menthe fraîche dans une salade de concombre ou un taboulé, c’est l’été dans une assiette. La coriandre, on l’aime ou on la déteste, et c’est génétique. Si tu es dans le camp qui trouve que ça a le goût de savon, ne culpabilise pas: c’est un récepteur olfactif qui te joue des tours. Passe à l’estragon ou au cerfeuil.

La ciboulette se coupe aux ciseaux sur une omelette, des pommes de terre vapeur, une salade verte. Le persil plat supporte tout: cru, cuit, en bouquet garni, en pesto. Le persil frisé est plus décoratif que savoureux.

Une récolte du matin, avant que le soleil ne concentre les huiles essentielles dans les feuilles, donne des saveurs plus subtiles. Une récolte de fin d’après-midi donne des arômes plus puissants, parfois plus amers. À toi de voir selon l’usage.

Questions fréquentes

Quelles sont les plantes aromatiques les plus faciles à cultiver?

La menthe, la ciboulette et le thym sont les trois valeurs sûres. La menthe survit à presque tout, la ciboulette revient chaque année sans rien demander, et le thym demande juste du soleil et un arrosage modéré. Le basilic est plus capricieux mais pousse vite. Le persil est facile une fois la germination passée.

Quels sont les aromates les plus utilisés en cuisine?

Le basilic, le persil, la ciboulette, le thym, le romarin, la menthe et l’estragon. Ces sept plantes couvrent la quasi-totalité des recettes courantes. Ajoutes-y la coriandre si tu aimes la cuisine asiatique et latino-américaine.

Peut-on cultiver des plantes aromatiques à l’intérieur?

Oui, mais avec une condition: beaucoup de lumière. Une fenêtre plein sud, c’est le minimum pour le thym et le romarin. Le basilic tiendra en intérieur de mai à septembre avec du soleil direct plusieurs heures par jour. La menthe et la ciboulette tolèrent un peu moins de lumière. Sans soleil direct, les plantes s’étiolent, les tiges s’allongent et le goût s’affadit. Une lampe horticole peut compenser en hiver.

Quelle plante aromatique planter à côté des tomates?

Le basilic est le compagnon classique: il repousserait certains ravageurs et améliorerait le goût des tomates. La réalité est plus nuancée, mais les deux plantes partagent les mêmes besoins en eau et en soleil. Le souci, lui, repousse vraiment les nématodes, mais ce n’est pas une aromatique.

Comment faire pousser du basilic en pot sans qu’il meure?

Rempote-le dès l’achat dans un pot en terre cuite avec un substrat drainant. Plein soleil, arrosage par le dessous quand le substrat est sec en surface. Pince les tiges régulièrement au-dessus d’un nœud. Coupe les fleurs dès qu’elles apparaissent. Ne l’arrose jamais sur les feuilles.