Plantes aromatiques 9 min de lecture

Coriandre: tout ce qu'il faut savoir pour la cultiver, l'utiliser et ne plus jamais la rater

La coriandre monte en graines en trois semaines? Le problème vient rarement de toi. Voici comment la cultiver, la garder fraîche et l'utiliser sans qu'elle file.

Par Nell Debuysère
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Bouquet de coriandre fraîche aux feuilles vert tendre, posé sur une planche en bois clair, à côté d'un petit pot en terre cuite avec des semis qui sortent à peine.

La coriandre fraîche du supermarché dure quatre jours, monte en graines en trois semaines au potager, et la moitié de la table familiale la trouve immangeable. Pour une plante aromatique présentée comme « facile », c’est beaucoup de pièges.

La vérité, c’est que la coriandre est exigeante sur deux ou trois points précis, et complètement indifférente sur le reste. Si tu connais ces deux ou trois points, tu en as toute l’année sans effort. Si tu les ignores, tu vas la racheter en bouquet flétri chez le primeur indéfiniment.

Voici comment trancher.

La coriandre, c’est en fait deux épices dans la même plante

C’est le premier malentendu, et il explique pas mal de déceptions en cuisine.

Quand tu achètes un bouquet de coriandre fraîche, tu achètes les feuilles de Coriandrum sativum. Vert tendre, parfum frais, citronné, herbacé. C’est ce qu’on met dans un guacamole, un pho, une salade thaïe, un taboulé libanais.

Quand tu achètes de la coriandre en pot d’épices, en revanche, tu achètes les graines séchées de la même plante. Le goût est complètement différent: chaud, légèrement orangé, sucré, presque boisé. C’est ce qu’on met dans un curry, un pain d’épices, une marinade pour gravlax, le ras-el-hanout.

Personne ne te le dit clairement au rayon, mais ce sont deux ingrédients qui ne se remplacent pas. Mettre des graines moulues dans un nem au lieu de feuilles fraîches, ça ne ressemble à rien. Mettre des feuilles hachées dans un curry mijoté trois heures, elles se dissolvent et le goût disparaît.

Bonne nouvelle: si tu cultives la plante, tu obtiens les deux. Pendant les premières semaines, tu récoltes les feuilles. Quand elle monte en graines (et elle le fera, on y vient), tu laisses faire et tu récoltes les graines à la fin de l’été.

Pourquoi la coriandre a un goût de savon pour certaines personnes

Tu connais sûrement quelqu’un qui dit « j’aime tout, sauf la coriandre, ça a un goût de savon ». Ce n’est pas du snobisme, ce n’est pas une question de palais peu éduqué. C’est de la génétique.

Un gène appelé OR6A2 code pour un récepteur olfactif sensible aux aldéhydes, les molécules qui donnent à la coriandre son parfum caractéristique. Selon la variante de ce gène qu’on porte, le cerveau interprète ces molécules comme « frais, citronné, herbacé » ou comme « savon, métal, punaise écrasée ».

Les études sur le sujet montrent que la proportion varie selon les populations: relativement peu de personnes concernées en Asie du Sud-Est ou au Moyen-Orient (là où la coriandre est massivement utilisée), une proportion bien plus élevée en Europe du Nord et chez les populations d’ascendance européenne en général.

Conséquence pratique: si quelqu’un dans ta famille déteste la coriandre, ne le force pas, ne le moque pas, et ne lui fais pas goûter « pour voir si ça passe quand même ». Ça ne passera pas. Hache du persil plat à la place dans son assiette, le rendu visuel sera proche et personne ne sera puni.

Cultiver de la coriandre sans qu’elle monte en graines en trois semaines

C’est la frustration n°1 de toute personne qui essaie d’en faire pousser. Tu sèmes, ça lève, tu te réjouis, et trois semaines plus tard la plante a doublé en hauteur, sort des petites fleurs blanches, et les feuilles deviennent fines, découpées, plus dures, et perdent leur parfum.

Ce phénomène s’appelle la montée en graines (ou bolting si tu lis des sites anglo). Et il a une cause unique: la coriandre est une plante de climat tempéré frais. Dès qu’elle sent que la saison chaude arrive, elle bascule en mode reproduction et arrête de produire des feuilles.

Ce qui déclenche la montée

Trois facteurs, dans l’ordre d’importance:

  • La chaleur: au-dessus de 22-24 °C en continu, elle file. C’est mécanique.
  • Le soleil direct prolongé: plus de 6 heures de plein soleil par jour, surtout en été, et c’est plié.
  • Le stress hydrique: une terre qui sèche et se réhydrate en yo-yo accélère le processus.

À ça s’ajoute le repiquage. La coriandre a une racine pivotante, longue et fragile. Si tu la déplaces, même proprement, elle interprète ça comme un stress maximal et monte en graines pour assurer sa descendance avant de mourir.

La solution: semer en place, à la mi-ombre, en succession

Trois principes, simples à appliquer.

Sème directement en pleine terre ou en pot définitif. Pas de semis en godet à repiquer ensuite. Tu fais un sillon d’un centimètre, tu déposes les graines tous les 3-4 cm, tu recouvres, tu arroses en pluie fine. Elle lève en 8 à 15 jours.

Choisis un emplacement à mi-ombre dès que les températures dépassent 20 °C. En avril-mai, plein soleil ça va. En juin-juillet-août, sous un arbre clair, à l’est d’un mur, sur un balcon orienté nord, dans un coin du potager qui passe à l’ombre l’après-midi. La coriandre préfère manquer de soleil que d’en avoir trop.

Sème en succession toutes les 3 semaines. C’est la vraie clé. Au lieu de faire un grand semis en avril et de pleurer en mai quand tout monte en graines, tu fais un petit semis tous les 21 jours d’avril à septembre. Tu as toujours un carré jeune qui produit des feuilles, pendant que les anciens montent et finissent en graines.

Pour le pot d’intérieur, le calcul est le même. Récolte les feuilles régulièrement (ça retarde la montée), garde la terre fraîche mais pas détrempée, et accepte qu’au bout de 6-8 semaines, le pot sera fini. Resème.

Récolter et conserver la coriandre sans la gâcher

La coriandre fraîche est probablement l’herbe aromatique qui se conserve le moins bien. Trois jours au frigo dans son sachet plastique et elle est jaune, molle, ou noire au fond.

La méthode du bocal d’eau

Sors la coriandre du sachet dès le retour des courses. Coupe les bouts des tiges d’un centimètre (comme pour un bouquet de fleurs). Plonge les tiges dans un verre ou un petit bocal avec 2-3 cm d’eau fraîche. Couvre le tout d’un sac plastique perforé ou d’un film alimentaire lâche. Mets au frigo.

Elle tient une bonne semaine, parfois dix jours. Change l’eau tous les deux jours.

Congeler en cubes d’huile

Si tu en as un gros bouquet et que tu sais que tu ne le finiras pas, hache-la grossièrement, tasse dans un bac à glaçons, remplis d’huile d’olive ou d’eau, congèle. Tu sors un cube quand tu fais une sauce, un curry, un riz. La couleur tient, le parfum aussi. C’est moins frais qu’au sortir du bouquet, mais infiniment mieux que la version séchée du commerce, qui n’a quasiment plus de goût.

Sécher? Inutile

Évite le séchage. Les feuilles de coriandre perdent l’essentiel de leur parfum en séchant. C’est une caractéristique chimique de la plante: les molécules aromatiques des feuilles sont volatiles, elles disparaissent avec l’eau. Les graines, elles, supportent très bien le séchage, et c’est même comme ça qu’on les utilise. Mais pour les feuilles, congélation > déshydratation, toujours.

Récolter les graines: quand et comment

Si tu laisses la plante monter en graines (ce qu’elle fera de toute façon), tu peux récolter les graines pour les utiliser en cuisine et pour resemer l’année suivante.

Quand les fleurs blanches sont passées, des petites boules vertes apparaissent. Tu attends qu’elles deviennent brun clair, sèches au toucher, légèrement craquantes quand tu les frottes. Trop tôt, elles n’ont pas développé leur parfum chaud caractéristique. Trop tard, elles tombent au sol et tu les perds.

Coupe la tige entière, retourne-la la tête en bas dans un sac en papier (pas en plastique, ça moisit) ou au-dessus d’un saladier, dans un endroit sec. Les graines tombent toutes seules en quelques jours.

Conserve-les entières dans un bocal hermétique, à l’abri de la lumière. Moulues, elles perdent leur parfum en quelques semaines. Entières, elles tiennent un an facile. Tu mouds au moment d’utiliser.

Coriandre en pot d’intérieur: ce qui marche vraiment

Le pot de coriandre fraîche du supermarché finit toujours mort en huit jours. Ce n’est pas toi, c’est la façon dont il est cultivé.

Dans ces pots, il y a en réalité 30 à 50 plantules entassées dans 8 cm de terreau pauvre. Elles ont été poussées en serre pour produire vite. Dès que tu les sors de leur environnement contrôlé, elles s’épuisent, manquent d’eau (parce qu’il y en a trop dans trop peu de substrat), et meurent en bloc.

Pour de la coriandre d’intérieur qui dure, tu as deux options.

Option 1: rempoter le pot du supermarché. Sors la motte. Sépare-la délicatement en 4 ou 5 paquets de tiges. Replante chaque paquet dans son propre pot de 15 cm minimum, avec un bon substrat (terreau plantes aromatiques + un peu de perlite pour le drainage). Arrose modérément. Ça gagne deux à trois semaines, mais ça ne fera jamais une plante en pleine forme.

Option 2 (mieux): semer toi-même. Un pot de 20 cm de diamètre minimum, 25 cm de profondeur pour la racine pivotante, du terreau drainant, 5-6 graines par pot espacées. Place à la fenêtre la plus lumineuse, sans soleil direct brûlant l’été. Récolte au ciseau dès que les plantes font 15 cm, en coupant les tiges extérieures. Resème un nouveau pot toutes les 3 semaines.

Si tu n’as qu’un seul pot et que tu refuses la rotation, accepte que ce sera un consommable. C’est le même principe que pour choisir un cache-pot adapté: le contenant change vraiment ce que la plante peut faire ou pas.

Coriandre, persil plat, cerfeuil: comment ne pas se tromper

Au rayon herbes fraîches, trois bouquets se ressemblent énormément. Voici ce qui les distingue.

PlanteFeuilleParfumUsage typique
CoriandreDentelée, ronde, plateFrais, citronné, herbacéAsie, Amérique latine, Moyen-Orient
Persil platTrès dentelée, plus pointueVert, herbacé, neutreCuisine méditerranéenne, sauces
CerfeuilTrès finement découpée, fragileAnisé, douxCuisine française classique, omelettes

Le test infaillible: froisse une feuille entre tes doigts et sens. La coriandre te saute au nez immédiatement, le persil est discret, le cerfeuil sent l’anis. Si tu hésites au rayon, demande à frotter une feuille. Tout primeur sérieux te laissera faire.

Coriandre en cuisine: les associations qui tiennent

La coriandre fraîche se met à la fin de la cuisson ou crue. Jamais en début de cuisson longue: elle perd tout son parfum. Tu la hachas au dernier moment, tu la jettes sur le plat dressé.

Quelques associations qui marchent à tous les coups:

  • Avec l’avocat (guacamole, toasts, salades): la combinaison gras + frais est un classique pour une raison.
  • Avec la lime et le piment (Asie du Sud-Est, Mexique): le trio frais-acide-piquant fonctionne dans presque tous les bouillons et marinades.
  • Avec l’ail et le gingembre (cuisine indienne, thaï): tu en mets dans la sauce au dernier moment.
  • Avec le yaourt et le concombre (raita, tzatziki revisité): le yaourt adoucit ce qui pourrait être trop vif.

Côté graines, le terrain de jeu est différent. Elles se font torréfier à sec 30 secondes à la poêle avant utilisation, ça réveille leurs huiles essentielles. Tu les moudras ensuite. Indispensables dans un curry, un pain d’épices, un mélange tandoori, une marinade de poisson cru type gravlax.

Coriandre et santé: ce qu’on sait, ce qu’on raconte

La coriandre est régulièrement présentée comme un détoxifiant aux métaux lourds, un anti-inflammatoire, un protecteur cardiovasculaire. La plupart de ces affirmations reposent sur des études très préliminaires, souvent in vitro ou chez le rat, à des doses qu’on n’atteint pas dans une assiette normale.

Ce qu’on peut dire raisonnablement: la coriandre fraîche apporte de la vitamine K, un peu de vitamine A et C, des composés antioxydants. Comme la plupart des herbes vertes. Manger de la coriandre régulièrement, c’est bien pour l’alimentation globale, ce n’est probablement pas un médicament.

Pour les graines, l’usage traditionnel en infusion contre les troubles digestifs légers (ballonnements, lourdeur) est ancien et bien toléré. Tu fais infuser une cuillère à café de graines écrasées dans une tasse d’eau bouillante, 10 minutes. Ça ne soigne rien, ça aide à digérer un repas un peu lourd.

Méfie-toi des sites qui te promettent que la coriandre « élimine les métaux lourds » ou « purifie le foie ». C’est de la pseudo-science.

Questions fréquentes

Peut-on manger les tiges de coriandre?

Oui, et c’est même là que se concentre le plus de parfum dans la plante. Les tiges sont plus puissantes en goût que les feuilles. Dans la cuisine thaï et vietnamienne, on les hache finement et on les utilise comme assaisonnement à part entière. Évite seulement les tiges très épaisses et fibreuses du bas du bouquet, qui sont coriaces.

La coriandre repousse-t-elle après la coupe?

Une seule plante coupée à ras ne repousse quasiment pas: la coriandre n’est pas comme le basilic ou la menthe. Si tu veux une production continue, soit tu coupes les feuilles extérieures en laissant le centre intact (la plante continue à produire un peu), soit tu acceptes qu’une plante donne une à deux récoltes, puis tu resèmes. La succession de semis est la seule vraie technique de production continue.

Quelle différence entre coriandre fraîche et persil chinois?

C’est exactement la même plante. « Persil chinois » (ou cilantro en anglais et espagnol) est l’autre nom de la coriandre fraîche. Le mot « coriandre » est plus utilisé en France, « cilantro » aux États-Unis. Si une recette anglo-saxonne demande du cilantro et que tu n’en trouves pas, achète un bouquet de coriandre fraîche, c’est identique.

Pourquoi ma coriandre a-t-elle de toutes petites bêtes noires?

Probablement des pucerons, qui adorent les jeunes pousses d’aromatiques. Un jet d’eau au tuyau les déloge la plupart du temps. Pour les infestations plus sérieuses, un mélange eau + savon noir pulvérisé en début de soirée fonctionne bien. Si ce sont des moucherons qui sortent du terreau plutôt que des bestioles sur les feuilles, c’est un problème de substrat trop humide, comparable à ces petits vers noirs dans les pots de plantes d’intérieur: tu laisses sécher la terre en surface entre deux arrosages et le problème s’éteint tout seul.